Etude historique

Etude historique d’une œnochoé italiote en terre cuite datée de la fin du IVème – début du IIIème siècle av. J.C., collections du Musée Ingres de Montauban

Etude historique d’une œnochoé italiote en terre cuite datée de la fin du IVème – début du IIIème siècle av. J.C., collections du Musée Ingres de Montauban

L’étude complète de cette Oenochoé est disponible ici ==>Mémoire Constance Coustillière<==

Lorsque le Musée Ingres de Montauban m’a prêté cette oeuvre pour étude et restauration, sa fiche d’identification ne comportait aucune information sur son passé. C’est au fil de mes recherches, dont je souhaite vous faire part, que j’ai pu retracer une certaine chronologie. Quelle est son histoire ?

 

Une grande similitude avec la production grec antique

Notre objet est avant toute chose une petite cruche en terre cuite à anse unique et bec trilobé, décorée de frises géométriques sur le col et de motifs végétaux sur la panse sur un fond brun-rouge.

Son décor renvoi directement au monde du vin : une composition centrale en forme de π en référence à la manière de planter la vigne, une branche de vigne centrale avec des vrilles, des feuilles de vigne et des grappes de raisin rouge. Les bandes du col de l’œnochoé représentent les filets de laine, soit dans leur couleur naturelle soit teints en pourpre, enroulés autour de la tête des participants au symposion (banquet antique) ou suspendus sur les murs de la salle.

Illustration du décor de l'oenochoé

La composition principale en coulisse renverrait au thème du théâtre souvent associé à l’univers dionysiaque et au monde du vin. Ces thèmes sont utilisés uniquement sur des formes relatives à la boisson et non à la toilette ou au service de l’huile.

La forme de la pièce est celle d’une œnochoé, typique de la culture grecque. Elle sert à puiser le vin dans le cratère, une fois qu’il est mélangé à l’eau afin de le verser dans les coupes (« oinos » signifiant vin et « khéô » signifiant « verser » en grec).

forme

Elle est très présente en Grèce dès le IXème av. J.-C., puis se répand dans les colonies et les civilisations sous influence grecque. La forme de notre objet se rapproche des formes d’Italie du Sud, et principalement les formes apuliennes de 350 av. J.-C. à la conquête romaine (- 272) qui met fin à ce type de production. Les formes les plus semblables sont produites en Apulie, sous la dénomination de « Style de Gnathia ».

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Carte de l’Italie du Sud et ses régions au IVème siècle av. J.-C.

 

La confirmation d’une provenance du Sud de l’Italie ?

En Grèce l’engobe vitrifié (couche du fond posé sur la pâte) est très noir et la pâte très rouge, en raison de la forte concentration en oxyde ferrique de l’argile ce qui n’est pas le cas de l’argile apulienne très calcaire et peu métallifère qui prend une couleur beige rosée comme notre oenochoé.

Couleur de l’engobe vitrifié de céramiques à figure rouge sur fond noir attiques

Sur  l’œnochoé et de nombreuses autres céramiques italiotes, les variations de couleur de l’engobe vitrifié sur une même pièce sont courantes et dues à des problèmes de cuisson, de pose ou de composition de l’engobe mais visent à imiter l’engobe vitrifié noir grec.

Variations de couleur de l’engobe vitrifié de l’oenochoé du Musée Ingres

La production gréco-italiote est caractérisée par un gout prononcé pour les couleurs de rehauts blanches, jaunes et rouges, comme notre oenochoé, particulièrement en Apulie contrairement à d’autres productions.

Engobes du décor de l’oenochoé du Musée Ingres

Après avoir rapproché l’œnochoé à une production apulienne (Italie du Sud) des IVème et IIIème s av. J.-C., il est maintenant possible de l’identifier à un style.

 

Le Style de Gnathia

L’étude de l’agencement du décor associé aux éléments précédents permet de la rattacher précisément à la deuxième phase du « Style de Gnathia » (découvertes de grandes quantités de ce type de céramiques lors des fouilles des nécropoles de l’antique cité de Gnathia). Ce style prend ses racines à Tarente, est divisé en plusieurs phases et subit d’importantes modifications au cours du temps. La production est fixé vers 370-360 av. J.-C. jusqu’à 272 av. J.-C., date qui correspond à la prise de Tarente par les romains.

La première phase dure de 360 à 330 av. J.-C. et est très proche de la figure rouge Grec.

La deuxième phase dure de 340-330 à 325 av. J.-C.. Y apparaissent tous les éléments décoratifs retrouvés sur l’oenochoé (schéma en π, couleur, feuilles, vrilles et grappes…). Cette période est marquée par un accroissement de la production et inévitablement un déclin de la qualité. Deux groupes dominent cette phase et ont une production très proche de celle de notre pièce : le Groupe Dunedin et le Groupe Sidewinder.

Exemples de céramiques du « Style de Gnathia » apulien de la deuxième phase

La dernière phase, de 325 à 270 environ av. J.-C., est marquée par un commerce important de céramiques du « Style de Gnathia » qui se développe et diffère considérablement de celui de notre oenochoé.

De nombreuses pièce attribuées au « Style de Gnathia » et produites en Apulie n’ont été rapprochées d’aucune production ou période et présentent tout de même de grandes similitudes ce qui ne permet pas d’affirmer précisément l’attribution de l’œnochoé mais ne permet aucun doute sur son appartenance à ce style ni son rapprochement de la production de la fin de la 2ème phase tarentine, dans le troisième quart du IVème s. av. J.-C., et plus particulièrement de celle du Groupe Dunedin et du Groupe Sidewinder.

Exemples d’oenochoés du « Style de Gnathia » apulien de la deuxième phase

 

De l’Apulie aux collections du Musée Ingres de Montauban

Sous le pied de l’oenochoé se trouve une étiquette annotée « Soc. Ar. ». qui signifie que c’est un don de la société archéologique et historique de Tarn et Garonne.

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Etiquette présente sous le pied de l’oenochoé

Cette société fondée en 1866 est semblable à un grand nombre de société du XIXème siècle organisant des publications sur le domaine artistique et archéologique de l’époque, des fouilles, dans leurs régions, ainsi que des voyages à l’étranger, leur permettant de rassembler une importante collection d’objets. Malheureusement il n’existe aucun registre antérieur à 1950 et les bulletins de la société ne mentionnent pas l’œnochoé, nous savons seulement qu’un voyage en Italie fut organisé en 1988 et qu’il n’a pas été retrouvé jusqu’à ce jour de céramiques de ce style lors de fouilles dans la région du Tarn et Garonne. L’oenochoé à pu être sortie de terre par un membre ou un proche de la société archéologique de Tarn et Garonne ou tout simplement acheté sur le marché napolitain, plaque tournante d’antiquité à l’époque et ramené en France par le biais de cette société. 

Cela inscrit l’œnochoé dans le contexte de l’essor de la passion pour l’antiquité et du collectionnisme au XIXème siècle durant lequel les érudits multipliaient leurs voyages en Italie, accompagnés de nombreuses fouilles et découvertes d’objets non déclarés menant à des pertes des données chronologiques et géographies.

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